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Discours du Président du PPE Joseph Daul à l’Université française d’Arménie en l’occasion de la commémoration du génocide arménien

Erevan, 25 avril 2015

Monsieur le Ministre,

Monsieur l’ Ambassadeur de France, Monsieur le Recteur,
Mesdames et messieurs les professeurs, Chers étudiants,

Le sujet que l’on m’a demandé de développer devant vous aujourd’hui me place dans une situation difficile si ce n’est inconfortable.
« La politique européenne, ses défis et ses perspectives », tout ceci pourrait à première vue sembler être une thématique technique et bien aride.
Je ne veux pas tomber dans ce travers.

Les moments que vous vivez ces jours-ci, à l’occasion des cérémonies de commémoration du génocide, sont empreints d’un profond recueillement et m’obligent, en effet, à dépasser ce sujet pour plonger au cœur même, si ce n’est dans l’âme, de ce qui constitue l’ambition européenne.
Voilà, si vous l’acceptez, ce que je vous propose de discuter ensemble aujourd’hui. Et permettez-moi de le faire de la manière la plus simple et la plus directe possible. Je vais vous parler avec mon cœur et je vais vous parler de ma modeste expérience personnelle.

Je ne connais pas l’Arménie.

Je ne connais pas l’Arménie dans le sens où c’est ma première visite dans ce pays. Je ne l’ai jamais visité et pourtant ce pays me semble si familier.
Je suis Président d’un parti politique européen.

Je suis devenu au fil des années un spécialiste des arcanes bruxellois.

Mais je n’oublie pas que je suis Français.
Et l’Arménie, nation « à la lisière des mondes », sur la ligne de partage entre les grandes civilisations de l’Orient méditerranéen et de l’Océan indien, vit un peu en chacun des Français.
Des raisons historiques l’expliquent.

La diaspora arménienne en France est immense – plus de 500.000 – et particulièrement respectée. Tous les Français connaissent l’histoire de ces premiers Arméniens débarquant à Marseille fin 1922 en provenance du Liban à bord du Trouville. Nous savons aussi qu’ils ont été nombreux à s’engager pendant le second conflit mondial au sein de la Légion étrangère. Beaucoup ont été victimes du STO ; d’autres se sont engagés dans la résistance.

Il est vrai que par la suite l’Arménie est un peu tombée dans l’oubli de l’Histoire, absorbée

par l’URSS.

Jusqu’au sursaut provoqué par l’effondrement de cette même URSS, l’émergence des Etats indépendants de Transcaucasie, les aléas de la transition économique et la guerre du Karabagh.

Mais il y a quelque chose d’encore plus profond qui unit les Arméniens et les Français. Nous avons redécouvert l’Arménie à l’occasion d’un drame et du formidable élan de solidarité et de la mobilisation sans précédent qu’il a engendrés. Je parle bien entendu du séisme de 1988, de ces dizaines d’associations qui sont apparues sous le patronage d’Arméniens célèbres – Charles Aznavour en étant certainement l’un des plus illustres – pour secourir les sinistrés.
La visibilité de l’Arménie en France n’avait jamais été aussi grande. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Quelque chose d’encore plus intense nous unit. Arméniens et Français.

Arméniens et Européens.

Et j’en viens au cœur même du sujet que je souhaite partager avec vous.

France et Arménie partagent une même dimension un peu irrationnelle, proche du spirituel. C’est cette vocation à l’universel que l’Histoire, les drames et les tragédies ont façonné en chacun de nos pays.
La France, patrie des Droits de l’Homme, a un message à délivrer au monde. L’Arménie, pays martyr, a aussi des valeurs à transmettre.
Nous avons l’une de ces valeurs en commun.

Et elle est à la fondation même de ce qu’est l’Europe moderne.

Je veux parler de la réconciliation.
Je suis Européen. Je suis Français.

Je n’oublie pas non plus que je suis Alsacien.

Le territoire d’où je viens connaît le prix de la guerre et des souffrances sans nom qu’elle

engendre.

L’Alsace, région de France frontalière de l’Allemagne, a été déchirée entre ces deux pays

qui se sont battus pour elle.

L’Alsace a été le symbole du pire de ce que les Etats peuvent enfanter – la guerre – mais aussi du meilleur, la paix et la réconciliation.
Ce n’est pas par hasard que les premières institutions européennes d’après-guerre – le

Conseil de l’Europe – ont été établies à Strasbourg.

Ce n’est pas par hasard non plus que le siège du Parlement européen se situe aujourd’hui

dans la capitale alsacienne.

La réconciliation, sur la base de valeurs communes et d’un projet d’avenir commun, est la

condition pour le développement de nos sociétés modernes.

Cette réconciliation, chacun d’entre nous peut y contribuer et doit y contribuer.

Il n’y aurait pas d’Union européenne s’il n’y avait eu de réconciliation entre la France et l’Allemagne après la seconde guerre mondiale.
Qui aurait pu imaginer en 1945 que si rapidement, sur les ruines encore chaudes d’un des plus grands drames de l’humanité, naisse une nouvelle espérance : la paix et la coopération entre les peuples, les nations et les Etats autrefois ennemis ?

Cette réconciliation aurait été incomplète si au lendemain de l’effondrement de l’URSS, l’Europe n’avait tendu la main aux nouvelles démocraties de l’Europe centrale et orientale.

Cette réconciliation serait toujours incomplète si aujourd’hui l’Union européenne ne s’intéressait pas à son voisinage immédiat, particulièrement son voisinage oriental dont l’Arménie fait partie. Nous avons en commun tant de choses.
Un héritage commun. Une culture commune. Une Histoire commune.
Une même aspiration pour la liberté, la démocratie, les droits de l’Homme, l’état de droit et la

justice.

Il ne fait aucun doute pour moi que notre destin est aussi commun.

Il nous reste à imaginer quelle route nous pouvons emprunter ensemble afin de répondre à cette aspiration.
Le Partenariat oriental offre certainement le début d’une réponse qu’il nous faut encore plus

développer.

C’est tout l’enjeu de la relation actuelle entre l’Union européenne et l’Arménie, de la relation qu’il nous faut rebâtir et consolider après l’opportunité manquée de l’Accord d’association. Je sais combien les institutions européennes et les autorités arméniennes y travaillent et je souhaite que le prochain sommet du Partenariat oriental à Riga apporte sur ce point des réponses concrètes.

La réconciliation demande du courage.

On ne peut pas bâtir un avenir prospère si l’on n’est pas en paix avec soi-même et si l’on n’est pas en paix avec ses voisins.
Je pèse le poids de mes mots quand j’évoque ceci à Erevan, capitale d’un pays en guerre et enclavé où l’essentiel de ses frontières est fermé.
Il faut être libre pour se développer. Il faut être souverain pour grandir.
Il faut être indépendant pour réussir.

L’Arménie doit encore dégager les marges de manœuvre nécessaires pour se développer. Et cela passe par la paix.

Je ne veux pas m’étendre sur la question du conflit avec l’Azerbaïdjan et de la situation du

Nagorno-Karabagh.

Un cadre de résolution du conflit a été créé par l’OSCE avec le groupe de Minsk. L’Union européenne soutient ce processus qui est le seul qui permettra une résolution durable du conflit.
Je ne peux que regretter que tous les belligérants n’investissent pas la même énergie dans ce processus ou ne démontrent pas de la même disponibilité pour faire avancer les choses dans le bon sens.

Outre l‘actualité à laquelle elle se réfère, la question du génocide et de sa reconnaissance fait partie prenante de ce processus de réconciliation que j’appelle de mes vœux sur l’ensemble du continent européen.
Nous devons encore panser certaines des blessures nées le siècle passé. Et le génocide commis par l’Empire ottoman en fait partie.
Je sais combien cette question est délicate et sensible.

« Génocide » est un mot qui fait peur mais c’est un mot que nous ne devons pas avoir peur

de prononcer.
Ici encore, l’expérience européenne peut être utile. Aucune réconciliation n’aurait été possible en Europe si après le conflit mondial l’Allemagne n’avait reconnu le génocide dont les juifs ont été victimes et si elle ne s’était excusée face au monde pour ce crime.
Aucune réconciliation n’aurait été possible si la France n’avait présenté des excuses pour la collaboration fournie par l’Etat français du Maréchal Pétain, alors même que la France Libre du Général de Gaulle s’était battue pour la Liberté.
Je ne dis pas cela par hasard, vous le comprenez. Je lance un appel le plus explicite possible aux autorités turques.
Il ne s’agit pas aujourd’hui de condamner la Turquie mais d’autoriser l’Arménie et les

familles des victimes à faire leur deuil.

Il s’agit de faire un devoir de mémoire pour tout simplement faire en sorte que l’innommable

– un génocide – ne soit plus jamais possible. Albert Camus a pu écrire : « mal nommer les

choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

La Turquie doit contribuer au bonheur du monde !

L’amnésie collective qui a traversé ces cent dernières années doit s’effacer pour ouvrir la

voie à une nouvelle espérance.

Quand Turquie et Arménie seront réconciliées, ce sont bien des choses qui changeront positivement, ici à Erevan, ou à Ankara et Istanbul, mais aussi à Bruxelles et dans les capitales européennes.
C’est une nouvelle page de l’Histoire européenne qui s’écrira.

Je fais personnellement confiance à la jeunesse, celle que j’ai en face de moi en ce moment même, et celle qui grandit en Turquie.
Ecoutez ce que le Général de Gaulle a dit dans son discours à la jeunesse allemande en

1962, moins de vingt ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

Il a dit aux jeunes rassemblés devant lui : « Je vous félicite d’être de jeunes Allemands, c’est à dire les enfants d’un grand peuple.
Oui ! D’un grand peuple !

Qui parfois, au cours de son Histoire a commis de grandes fautes et causé de grands malheurs condamnables et condamnés.
Mais qui d’autre part, répandit de par le monde des vagues fécondes de pensées, de science, d’art, de philosophie (…) ».
Turcs et Arméniens doivent s’inspirer de cet exemple.

Il ne s’agit pas de nourrir une haine mais de contribuer à la paix.

Personne n’accuse les autorités turques actuelles des crimes commis par l’Empire ottoman d’alors ; personne n’acceptera qu’une nouvelle insulte criminelle soit faite aux victimes du génocide sous forme de déni ou de négationnisme.

L’Union européenne se tient aux côtés de l’Arménie.

Le Parlement européen a reconnu le génocide arménien dès 1987, et une nouvelle fois il y a quelques jours, quelques semaines seulement après que le parti politique que j’ai l’honneur de présider ait adopté une résolution très forte allant dans le même sens.

Oui, il appartient aux historiens de commenter l’Histoire – et bien des choses ont déjà été dites, écrites et reconnues en cent ans -, mais c’est aux leaders politiques d’assurer la réconciliation et de construire la paix.

Charles Aznavour, qui a publié une tribune il y a quelques jours dans un grand quotidien du soir français, a intitulé son texte « cent ans de solitude pour les Arméniens ».
Je vous le dis. Vous n’êtes plus seuls.

Vous êtes encore moins seuls si vous voulez développer votre pays et construire un Etat moderne.
Voilà le challenge que nous allons relever ensemble, Union européenne et Arménie. Voilà la perspective des relations à long terme que nous devons développer ensemble. Oublions la mésaventure de la non-signature de l’Accord d’association.
Je regrette bien entendu cet événement même si en réalité j’en comprends bien des ressorts, dont la force dramatique a par la suite été démontrée par les développements qui se sont produits dans un autre grand pays du Partenariat oriental

Nous devons établir un cadre clair de coopération sans jeter tout l’acquis qui avait été négocié dans l’Accord d’association.
Je pense en particulier à la dimension politique et je me souviens combien le Président Sargsyan avait insisté sur ce point en réaffirmant l’engagement de l’Arménie à mettre en œuvre les réformes politiques inscrites dans le projet d’accord.
Voilà ce que doit être la feuille de route commune pour l’Union européenne et l’Arménie. Les relations entre nous seront aussi étroites que vous le souhaiterez en tenant compte, bien entendu, des spécificités géopolitiques régionales.

Une chose doit être très claire à cet égard. L’Europe n’a qu’une seule ambition : contribuer à

la paix, à la stabilité, à la démocratie et au bonheur des peuples qui l’entourent.

L’Europe, contrairement à d’autres, n’impose rien, ne fait pas de chantage, n’envahit pas de

territoires.

L’Europe respecte la souveraineté et l’indépendance des pays partenaires.
Je n’ai pas peur de prononcer le mot Russie, ici à Erevan, quand le Président Poutine est lui aussi présent.
Union européenne et Russie ont aussi un avenir en commun.

Je distingue très clairement le pays – la Russie – des autorités qui le dirigent aujourd’hui. Je ne joue pas les diseuses de bonne aventure mais c’est un fait inscrit sur toutes les mappemondes.
Union européenne et Russie sont voisines. Elles sont condamnées à le rester.
Elles sont condamnées à tôt ou tard coopérer.

Il n’y a pas d’avenir dans le conflit.

Et je n’ai pas peur non plus de dire la chose suivante.

Union européenne et Russie ne défendent pas aujourd’hui un système de valeurs identique. Tout comme je ne crois pas au conflit entre civilisations, je ne crois pas au conflit entre deux systèmes de valeurs.
Pour une simple et bonne raison.

L’Europe est une communauté de valeurs. Tel n’est pas le cas de la Russie actuelle.
Le temps viendra où ces deux ensembles gigantesques trouveront comment se développer ensemble et en bonne entente.

D’ici là, c’est à vous jeunes Arméniens qu’il appartient de dire quel destin vous voulez pour

vous-mêmes et pour votre pays.

Vous voulez moderniser votre pays, l’Europe sera à vos côtés. Vous voulez bâtir un Etat de droit, l’Europe sera à vos côtés.
Vous voulez consolider votre démocratie, l’Europe sera à vos côtés. Vous voulez vous ouvrir au monde, l’Europe sera à vos côtés.
C’est une promesse et l’Europe tient ses promesses.

Je vous remercie pour attention.